Fin’ Amor Jean-Paul Chavent

Publication 1996
12,50 EUR (11,85 EUR HT)

Fin' Amor, Jean-Paul Chavent, récit, coll. David, 15x21.5 cm, 72 p., 1996, ISBN : 2.905910.77.1

Présentation

Je feignis d’être sans douleur. Et d’ailleurs, j’avais vu à une joie dans ses yeux qu’elle aussi était sensible à la nouveauté absolue de l’instant. Nous retombâmes dans ce mutisme bavard qui est au cœur de la névrose courtoise. Pendant plusieurs semaines, ma vue fut dans ma voix. J’aimais cet élan que la voir me donnait. Et puis, par trop d’élan, ma vue la dépassa.

L’âme est tout le corps, mais la chair est la beauté du monde. Parce que je l’avais trouvée dans mon désir, je m’appliquai à n’être plus aussi pressé de la rejoindre dans le plaisir. Cette pusillanimité la surprit, puis la tranquillisa. Le désir étend des ombres et des lumières aussi amples que la sotte idée que je me fais de la perfection. Elle comprenait cet idéalisme, les tricheries de ses exaltations, ses nébulosités craintives ou orgueilleuses, ardentes et ridicules. Elle me comprenait, mais elle désirait quelqu’un d’autre. Nous n’en parlions jamais. Celui-là croyait qu’il savait tout d’elle, et moi je connaissais son cou par cœur.

Pendant quelques mois, je parvins à être simplement heureux de me trouver seul avec elle, plus curieux qu’amoureux, et plus amoureux de sa curiosité que de la mienne. Je prenais plaisir à ses questions abruptes et elle, si nette pourtant, prit goût à cette ambiguïté qui la délivrait d’un rôle où elle s’était sentie contrainte.

Extrait

Rassurée, elle entra dans ma lenteur. Je lui appris l’éphémère, la lumière du secret. Elle m’apprit que j’étais vivant. Sa réticence diminua. Allongés devant les hautes flammes de la cheminée, nous ne parlions de rien qui ne fût strictement circonscrit dans ce halo romanesque où nous tenait notre œil. Quand elle se taisait, j’inventais une suite à notre histoire, mois pour dire quelque chose que pour recouvrir cette espèce de nudité à quoi le silence l’exposait. Des nuits entières, le feu crépita. Parfois, je la caressai doucement, et jamais complètement, pour le plaisir amer d’entendre retomber sur ce mot, arrête, le dernier voile de sa voix vraiment nue.

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« J’étais nu près de Deborah nue, nos moiteurs s’évitaient à présent, nous souriions vaguement et parallèlement à un ventilateur harassé qui grinçait au plafond. Il y avait une douceur extrême à ne plus se sentir beaux ni désirés. Nous n’avons pas dormi, je pense. Quoique le dos collé au drap, nous avons flotté sous d’invisibles palmes. »
François Salvaing
De purs désastres, édition aggravée

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